Atome Boréalis rencontre William Salies, Le Mac Gyver du télescope  (66)

Wiliam Salies présente un élément de son télescope construit par ses soins
Wiliam Salies présente un élément de son télescope construit par ses soins


Atome Boréalis : Vous pratiquez l'astronomie depuis combien de temps ?

William Salies : Une quinzaine d'années.


A.B. : Comment cela vous a-t-il pris ?

W.S. : Je regardais les étoiles quand je faisais des randonnées le soir et maintenant je fais l'inverse je vais à la montagne pour regarder les étoiles!


A.B. : Vous observez à l'aide de quel instrument ? 

W.S. : Pendant près de six ans dans mon sac de randonnée je n'avais que des jumelles ainsi qu'une carte tournante. J'ai appris les constellations et à différencier les étoiles avec un petit objet de Messier et cela à l'aide de jumelles. Ce qui maintenant me permet avec des télescopes comme des Dobson de trouver pratiquement tous les objets dont j'ai envie. Ensuite j'ai fabriqué un premier 400 mm. J'arrivais, pour aller à la montagne, à le mettre sur le dos. Il faisait 20 kg tout compris. Et maintenant j'ai un 600 mm que je ne peux pas mettre sur le dos mais qui est tout de même léger, il fait 45 kg.



A.B. : Est-ce qu'il faut un diplôme d'ingénieur pour fabriquer son propre télescope ?

W.S.: Oui tout à fait il faut être astrophysicien moléculaire et savoir faire de la mayonnaise et une béchamel alors on est capable de faire un télescope.


A.B. : Donc en fait non ?

W.S.: Il ne faut aucune compétence particulière c'est surtout une envie et de la persévérance.


A.B. : Mais comment est-ce que l'on se débrouille avec rien pour faire un télescope ?

W.S. : Je ne suis jamais parti avec des plans mais avec des idées seulement et de la récupération. Et les idées changeaient en fonction de la récupération. C'est une évolution. Quand j'ai une idée j'attends deux trois jours. Cette idée me travaille et se met en place et tout d'un coup il y a quelque chose qui sort. Les Italiens ils ont une expression pour ça ils appellent ça "travailler et penser a caso" ce qui veut dire travailler à l'instinct. 


A.B.: Avez-vous un autre projet de construction le télescope ?

W.S.: Oui mais cela attendra que je sois à la retraite. Un 600mm c'est déjà quelque chose d'astreignant. Il a fallu tout fabriquer, polir le miroir etc j'ai encore un miroir plus petit en carbone à terminer. Il est entre deux eaux. C'est aussi une question de finances. Cela attendra la retraite.


A.B.: Quels conseils pouvez-vous donner à quelqu'un qui aimerait se lancer dans la construction d'un télescope ?

W.S.:Quand on est un amateur on est pas soumis à la réussite. C'est juste une envie de vouloir faire quelque chose. Il est vrai que l'idéal est de réussir mais si l'on ne tente rien on ne peut pas savoir si on y arriverait. Il faut avoir vraiment l'envie de le faire, une envie qui passe avant tout. Personnellement lorsque que je fais un miroir ou un télescope je ne fais rien d'autre. Je ne peux de toutes façons rien faire d'autre, c'est le matin le midi le soir ! Quelqu'un qui a déjà fait de l'optique amateur avec un appareil de Foucault et travaillé à la main, travaille différemment que quelqu'un utilisant des machines hypersophistiquées et des logiciels pour faire des analyses. On fait tout à l'œil et à la main. Tout à caso comme disent les Italiens.


A.B.: Il faut compter combien d'heures de travail pour faire un 400 mm par exemple ?

W.S.:Un 400 sans aucune expérience, j'ai dû mettre trois à quatre mois.


A.B.: À raison de huit heures par jour ?

 

W.S.: Non. On ne peut pas travailler huit heures par jour sur le miroir. Au début oui lorsque que l'on fait l'ébauchage, quand on le creuse jusqu'au polissage là on peut travailler plusieurs heures par jour. Tout est fait à la main alors tourner autour du tambour pendant plusieurs heures c'est déjà long. Après pour la parabolisation c'est plus délicat, on va travailler des zones spécifiques pendant cinq minutes puis laisser reposer 24 heures. Une journée d'analyse avec des calculs et des prises de mesure. Puis la réflexion sur le travail du lendemain. On remet en pression la surface pour quelle prenne bien la forme. Chaque correction demande à peu près trois jours de délai. On va faire cinq minutes de travail avec une heure de nettoyage de poussière avant et une heure après.

A.B.: Pourquoi est-il important de nettoyer la pièce avant de polir ?

W.S.: On essaye de corriger des surfaces au nanomètre et essayer d'avoir une surface lisse il ne faut aucune aspérité. On est dans les Angström. Ce sont des mesures très fines. Comme vous travaillez au nanomètre c'est un peu comme si vous passiez du sable sur une vitre.


A.B.: Cela vous est-il déjà arrivé une fois d'avoir un grain de poussière ?

W.S.: Oui cela m'est arrivé plusieurs fois. Il faut alors recommencer.


A.B.: Avec le même miroir ?

W.S.: Oui on recommence le travail sur le même miroir. Tant que le miroir n'est pas cassé on peut toujours recommencer et corriger. Le recreuser et lui donner plus ou moins de focale. Pour le 600 par exemple j'ai recommencé la parabolisation trois fois.


A.B.: Pour un débutant y a-t-il un ouvrage dans lequel il peut trouver un peu de soutien ?

W.S.: Oui il y a le Texereau qui est en ligne gratuitement sur Internet il suffit de le télécharger il a été fait en 1946-47 par Jean Texereau. Il contient tout ce qu'il faut savoir pour pouvoir polir un miroir. 

Il y a également un autre ouvrage qui a été publié récemment et auquel j'ai collaboré. Il s'intitule "construction de télescope amateur". C'est une mise au goût du jour pour les gens qui se servent d'informatique qui utilisent des logiciels pour calculer des optiques et qui utilisent certaines machines pour contrôler. Le Foucault moi je le fais à l'œil alors que d'autres personnes utilisent un ordinateur avec des logiciels et des interféromètres de Bath. Mon interprétation à moi est visuelle. Si un jour je suis fatigué je risque de ne pas faire de bonnes mesures.

L'observatoire du Soler (66) - source photo : Facebook Terre Univers
L'observatoire du Soler (66) - source photo : Facebook Terre Univers

 

 

William Salies est membre du Club d'Astronomie du Soler (66)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Une interview réalisée par Atome Boréalis

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